Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 5.djvu/337

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le faire, et je veux pour vous plus que je n’oserais pour moi-même.

Que cela vous suffise !

Iago

Est-ce que monseigneur s’est irrité ?

Émilia

Il vient de partir à l’instant, et, certainement, dans une étrange agitation.

Iago

Lui, s’irriter !… J’ai Vu le canon faire sauter en l’air les rangées de ses soldats, et, comme le diable, lui arracher de ses bras mêmes son propre frère ; et je me demande s’il peut s’irriter. C’est quelque chose de grave alors. Je vais le trouver. Il faut que ce soit vraiment sérieux, s’il est irrité.

Desdémona

Je t’en prie, Va ! (Iago sort.) À coup sûr, c’est quelque affaire d’État : une nouvelle de Venise, ou quelque complot tout à coup déniché ici dans Chypre même, et à lui révélé, aura troublé son esprit limpide. En pareil cas, il est dans la nature des hommes de quereller pour de petites choses, bien que les grandes seules les préoccupent. C’est toujours ainsi : qu’un doigt vous fasse mal, et il communiquera même aux autres parties saines le sentiment de la douleur. D’ailleurs, songeons-y ! Les hommes ne sont pas des dieux. Nous ne devons pas toujours attendre d’eux les prévenançes qui sont de rigueur au jour des noces… Gronde-moi bien, Emilia : j’ai osé, soldat indiscipliné que je suis, l’accuser dans mon âme d’un manque d’égards ; mais maintenant je trouve que j’avais suborné le témoin et qu’il est injustement mis en cause.

Émilia

Priez le ciel que ce soit, comme vous pensez, quelque