Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/417

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d’or que vous m’avez refusées ; car moi, je ne sais pas me procurer d’argent par de vils moyens. Par le ciel, j’aimerais mieux monnayer mon cœur et couler mon sang en drachmes que d’extorquer de la main durcie des paysans leur misérable obole par des voies iniques. Je vous ai envoyé demander de l’or pour payer mes légions, et vous me l’avez refusé : était-ce un acte digne de Cassius ? Aurais-je ainsi répondu à Caïus Cassius ? Lorsque Marcus Brutus deviendra assez sordide pour refuser à ses amis ces vils jetons, dieux, soyez prêts à le broyer de tous vos foudres !

CASSIUS

Je ne vous ai pas refusé.

BRUTUS

Si fait.

CASSIUS

Non. Il n’était qu’un imbécile, celui qui a rapporté ma réponse… Brutus m’a brisé le cœur. Un ami devrait supporter les faiblesses de son ami ; mais Brutus fait les miennes plus grandes qu’elles ne sont.

BRUTUS

Je ne les dénonce que quand vous m’en rendez victime.

CASSIUS

Vous ne m’aimez pas.

BRUTUS

Je n’estime pas vos fautes.

CASSIUS

Les yeux d’un ami ne devraient pas voir ces fautes-là.

BRUTUS

Les yeux d’un flatteur ne les verraient pas, parussent-elles aussi énormes que le haut Olympe.

CASSIUS

Viens, Antoine, et toi, jeune Octave, viens. Seuls vengez vous sur Cassius ; car Cassius est las du monde,