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loin, « tous les mots dont je me sers disent presque mon nom, trahissant leur naissance et leur origine. »
Dans la poésie lyrique, Shakespeare emprunte encore à la Renaissance ; il lui emprunte la strophe favorite de Pétrarque, et il verse dans cette strophe, devenue sienne, toutes les émotions intimes de son âme :
Gli occhi, di ch’io parlai si caldamente,
E le braccia, e le mani, e i piedi, e’l viso
Che m’avean si da me stesso diviso,
E fatte singular da l’altra gente ;
Le crespe chiome d’or puro lucente
E’l lampeggiar de l'angelico viso,
Che solean far in terra un paradiso,
Poca polvere son che nulla sente.
Ed io pur vivo : onde mi dogio e sdegno,
Rimazo senza'l lume ch’amai tanto,
ln grand fortune, in desarmato legno.
O ! sia qui fine al mio amoroso canto :
Secca è la vena de l’usato ingegno
E la cetera mia rivolta in planto’[1].
Le sonnet ! cette strophe musicale et savante dans laquelle le poète de Vaucluse a chanté et pleuré Laure, Shakespeare aussi va la remplir de ses joies et de ses douleurs, de ses désespoirs et de ses amours. Ce mètre tout méridional, inventé, dit-on, par les troubadours français, que les exigences de la rime rendent presque impossible aux langues du Nord, Shakespeare va l’imposer au sauvage idiome saxon. L’anglais, ce verbe brut, si
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« Ces yeux dont je parlais si ardemment, ce bras, cette main, ce pied,
ce visage, qui me transportaient hors de moi-même et m’élevaient au-dessus des autres hommes ;
» Ces boucles de cheveux d’or à 1'éclat si pur, cette face angélique et
splendide qui faisait un paradis sur la terre, ne sont plus qu`un peu de poussière insensible.
» Et pourtant je vis ! ce dont je pleure et je m’indigne ; et je reste sans la lumière que j’aimais tant, exposé à tous les basards dans ma barque désarmée.
» Oh ! que ce soit la fin de mes chants d’amour ! Tarie est la veine de mon génie fatigué, et ma lyre se fond dans les pleurs. »