Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/192

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


175

gants esclaves, qui ont gagné le droit de s’appeler !es créanciers de l’Etat, soit en jouant au hasard sur les fonds, soit en s’abaissant aux pieds du gouvernement, soit par quelque autre commerce infime. Ils ne sont point « le chapiteau corinthien de la société polie », mais les plantes viles et rampantes qui déshonorent le riche dessin de sa sculpture. Le résultat de ce système est que le journalier ne gagne pas davantage en travaillant seize heures par jour, qu’il ne gagnait jadis en travaillant huit heures. Je présente le fait sous sa forme la plus simple et la plus intelligible. Le travailleur, celui qui pousse la charrue, qui fabrique l’étoffe, voila l’homme qui doit prélever sur ce qu’il rapporte à la maison de quoi entretenir le luxe et le confort de ceux dont les prétentions se traduisent par une annuité de quarante-quatre millions, tevce sur la nation anglaise. Jadis il entretenait l’armée et les pensionnés, et la famille royale et les possesseurs du sol; et c’est là une nécessité bien dure, à laquelle il lui convenait de se résigner. Si nombreux et variés que soient les maux causés par l’oppression, ils se résument tous en celui-ci; savoir qu’un homme est forcé de travailler pour un autre, autant qu’il le faut d’abord pour soutenir les distinctions qui existent parmi les hommes, et de plus, au point qu’une excessive injustice attaque par la base même tout ce qui donne quelque valeur à l’ordre social, au point qu’il en résulte cette anarchie qui est en même temps l’adversaire de la liberté, et l’enfant et le châtiment du désordre,