Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/194

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virait à combattre les habitudes de turbulence et de dissipation que fait naître l’avenir précaire et incertain de la pauvreté. C’était là un champ tout prêt pour tout aventurier qui voudrait, dans un but quelconque, exciter une poignée d’ignorants à commettre des violences illégales. A peine eut-on reconnu clairement qu’il fallait écouter le peuple demandant une libre représentation, l’on ne faisait pas appel à l’intimidation et au préjugé, qu’il s’organise une conspiration de la plus horrible atrocité. Il est impossible de savoir jusqu’à quel point les principaux membres du gouvernement sont enveloppés dans le crime de leurs diaboliques agents, il est impossible de dire quelle a été leur activité, quel a été leur nombre, ou par quelles fausses espérances ils échauffent encore la multitude sans guide, pour qu’elle mette son cou sous la hache et dans le nœud coulant. Mais on sait tout au moins que, dès les premiers cris de la nation entière pour demander la réforme parlementaire, des espions furent envoyés. Ils étaient choisis parmi les hommes les plus indignes et les plus infâmes, et dispersés dans la multitude des travailleurs illettrés et affamés. Leur rôle était de trouver des victimes, à tort et à travers, peu importait. Leur rôle était de produire sur le public l’impression qu’en cas de succès de toute tentative pour établir la liberté nationale, et pour diminuer le poids de la dette et de l’impôt qui nous accablent, la multitude affamée se lancerait en désordre, et confondrait dans une ruine commune tous les rangs,