Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/21

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dans une ville, vous êtes nés dans une autre, ce n’est pas une raison pour qu’il ne puisse éprouver de la sympathie pour vous, désirer votre bien-être, souhaiter de vous donner un conseil qui peut-être vous mettrait en état de connaître votre propre intérêt, ou d’agir pour le faire triompher.

Il y a nombre d’Anglais qui crient « À bas les Irlandais, » et qui croient tendre à leurs fins en dénigrant tout ce qui tient à l’Irlande, mais si ces gens-là soutiennent de telles opinions, c’est parce qu’ils veulent acquérir de l’argent, des titres, le pouvoir, et non parce qu’ils sont Anglais. Ils agiraient ainsi, à quelque pays qu’ils appartinssent, jusqu’à ce que l’humanité ait subi une transformation profonde dans le sens du bien, changement qui, je l’espère, se produira un jour.

Je m’adresse donc à vous comme à mes frères, comme à mes camarades, car je voudrais voir si l’Angleterre était persécutée, comme l’est l’Irlande, si la France était persécutée, comme l’est l’Irlande, si n’importe quel groupe d’hommes qui participent aux charges publiques, concourent à un service public, étaient mis hors d’état d’en recueillir les avantages, comme le sont les Irlandais, eh bien, je voudrais voir l’Irlandais quelconque témoin de ces injustices, qui se refuserait à tenter d’y porter remède, quand il le pourrait, je voudrais le voir, cet homme-là, rien que pour lui dire qu’il n’est point un Irlandais, mais quelque bâtard élevé dans une cour, mais quelque lâche imbécile, démocrate vis-à-vis de ses supérieurs, aristocrate vis-à-vis de ses inférieurs. Il y a, je pense, bien peu de vrais