Page:Sophocle, trad. Leconte de Lisle, 1877.djvu/270

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elle déjoue les désirs de beaucoup. Elle les excite au mal, à leur insu, avant qu’ils aient mis le pied sur le feu ardent. Je ne sais qui a dit cette parole célèbre : – Celui qu’un dieu pousse à sa perte prend souvent le mal pour le bien, et il n’est garanti de la ruine que pour très peu de temps. – Mais voici Haimôn, le dernier de tes enfants. Vient-il, gémissant sur la destinée d’Antigonè, affligé à cause du lit nuptial qui lui est refusé ?


KRÉÔN.

Nous le saurons bientôt et plus sûrement que des divinateurs. Ô enfant, ayant appris la sentence irrévocable qui est rendue contre ta fiancée, viens-tu en ennemi de ton père ? Ou, quoi que nous fassions, te sommes-nous chers ?


HAIMÔN.

Père, je t’appartiens ; tu me diriges par tes sages conseils, et je les suis. Le désir d’aucun mariage ne sera plus puissant sur moi que ta sagesse.


KRÉÔN.

Certes, ô enfant, il convient que tu aies ceci dans le cœur de mettre la volonté de ton père avant toutes choses. Si les hommes désirent avoir des enfants dans leur demeure, c’est afin qu’ils vengent leur père de ses ennemis et qu’ils honorent ses amis autant que lui-même. Mais celui qui a des enfants inutiles, que dire de lui, sinon qu’il a engendré sa propre injure et ce qui le livre en risée à ses ennemis ? Maintenant, ô enfant, vaincu par la volupté, ne sacrifie pas ta sagesse à une femme. Sache bien qu’il est glacé l’embrassement de la femme perverse