Page:Sophocle, trad. Leconte de Lisle, 1877.djvu/285

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TEIRÉSIAS.

Sache que tu es de nouveau exposé à d’autres malheurs.


KRÉÔN.

Qu’est-ce ? Tes paroles me frappent de crainte.


TEIRÉSIAS.

Tu le sauras, ayant appris les indices révélés par ma science. Tandis que j’étais assis dans l’antique lieu augural où se réunissent toutes les divinations, j’ai entendu un bruit strident d’oiseaux qui criaient d’une façon sinistre et sauvage. Et ils se déchiraient l’un l’autre de leurs ongles meurtriers. Le battement de leurs ailes me le révéla. C’est pourquoi, épouvanté, je consultai les victimes sur les autels allumés. Mais Hèphaistos ne s’unissait point à elles, et la graisse fondue des cuisses, absorbée par la cendre, fumait et pétillait, et le foie éclatait et se dissipait, et les os des cuisses gisaient nus et humides de leur gaine de graisse. Telle est la divination malheureuse de ce sacrifice vain, et que j’ai sue de cet enfant, car il est mon conducteur, comme je suis celui des autres. C’est à cause de ta résolution que la ville subit ces maux. En effet, tous les autels et tous les foyers sont pleins des morceaux arrachés par les chiens et les oiseaux carnassiers du cadavre du misérable fils d’Oidipous. De sorte que les dieux se refusent aux prières sacrées et à la flamme des cuisses brûlées, et que les oiseaux, rassasiés du sang gras d’un cadavre humain, ne font plus entendre aucun cri augural. Donc, fils, songe à ceci. Il arrive à tous de faillir ; mais celui qui a failli, n’est ni privé de sens, ni malheureux, si, étant tombé