Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/279

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un rnanctou. 219 chausse ; ctje ne ressemble pas aussi à un autre, qui alloit montrant ai tout le monde, avec beaucoup de gloire, un cra- chatque Sa Majesté avoitjctc dessus son manteau en passant par une rue. Une tellc simplicité ne me plaît pas :j’aimcrois encore mieux la rudesse de ce paysan, qui son compère ·lisoitqu’il quittùt bien vite son lnbourage, s’il désiroit voir le roi, qui alloit passer par leur bourg; il répondit qu’il n’en démareroit pas d’une en_]am_hce, et qu’il ne verroit rien qn'un homme comme lui. Je rccevois donc les laveurs que Sa Majesté me faisoit, avec un esprit qui toujours se tenoit en un même état et ne _ s’eulloit point orgucillcusement par boutades. En sa présence, je dounois le plus souvent des truits fort piquans En plusieurs gentilsliomnies, qui le méritoient bien. Néanmoins leur igno- V rance étoit si grande, que, pour la plupart, ils n’en étoient pointtouches, ne les pouvant ordinairement entendre, ou bien s'en prenant à rire comme les autres, parce qu’ils _ avoieut opinion, tant ils étoient sots, que ce que j’en disois 1l’éloit pas tant pour les retirer de leurs vices que pour leur bailler alu plaisir. ll est bien vrai qu’ils’en trouva un, nomme llajamond, qui eut plus de sentiment que les autres, non pas pourtant plus de sagesse. ll étoit sot et glorieux, et ne pouvoit tourner en raillerie les attaques que l’on lui donnait, encore que, les ayant ouïes, il ne s’efl`orçât pas de s’abste— nir de tomber aux fautes, dont il étoit repris. Toutes les satires que l’ou composait à la cour n’avoient quasi point d’autre but que lui ; car il donnoit tous les jours assez de sujet aux poëtcs d’exercer leur métlisance. Cela lui avoit lait jurer que le premier qui parleroit de lui en moquerie seroit grièvement puni, s’il le pouvoit conuoître. Un jour que j'ét0is dans la cour du Louvre, je dcvisois de diverses choses avec quelques-uns de mes amis, et vins fn parler sur les panaches: les uns en louoieut Yusage; les autres, plus rélormés, le blâmoient ; pour moi, je dis que je les prisois grandement, comme toutes les autres choses qui apporloient de l'ornement aux gentilshommes, mais que je i ne pouvois approuver l'humeur de certains badius de courti- sans qui se glorilioient d’en avoir d’aussi grands que ceux des mulets de bagage, comme s’ils eussent voulu s'en servir ile parasol, et qui continuellement regardaient leur ombre

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