Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/299

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I un FRANCION. 299 _ t`estoit par les discours. Si l’ou pnuvoit lire dans son cœur, l’on verroit bien comment il se moque de ceux au-dessous desquels il s’est‘ abaissé, et de quelles louanges il se persuude que l’on le doit honorer pour son éloquence. Au reste, l'on peut remarquer qu’il ne prise ceux qui devisent avec lui, et ne se déprise aussi qu’afin de les inviter fi lui rendre le change et ]’eIever _iusqu’aux cieux, ce qui le comble d’une joie intinie. Qui est-ce qui pourra nier que ce ne soit orgueil, que cela? Il y en eut qui me voulurent répliquer; mais le prince leur l`erma la bouche, et dit qu’ils parleroient inutile- ment contre une chose si vraisemblable, nn: faisant l’honneur de prél`érei· mes raisons à celles des autres. Je passai heureusement beaucoup de mois, recevant tou- ' jours de lui quelques faveurs, et ne me suis point éloigné si longtemps Cle sa personne, c0mmcj'ui fait depuis qneje suis de- venu amoureux de Laurette.Voila,monsieur, la principale partie de toutes mes aventures. Je voudrois qu’il me fut possible de sçavoir les vôtres, sans vous donner la peine de les raconter; c’est pourquoi je n’ose vous importuncr de nie les dire. C’est une maxime, monsieur, répondit le seigneur bourguignon, qn’il n’urrive de belles aventures qu’au_x grands personnages qui, par leur valeur ou par leur esprit, font succéder beau- coup de choses étranges. Les hommes qui sont du vulgaire, comme moi, n’ont pas cette puissance-là. Il ne m'est jamais ‘ rien avenu qui mérite de vous être rêcité; assurez-vous-en, et ne croyez pas que je disc ceci pour nfexempter de quelque peine, car il n’y u rien si dillicilc que je n’entreprenne pour vous. Je crois qu'il ne vous est rien arrivé stextraordinaîre, puisque vous me le dites, reprit Francion, mais j’ai opinion que c’est une marque de la félicité que le ciel vous a dépar- tie, ne vous envoyant aucunes traverses de même qu’a moi, et un témoignage de votre prudence, qui vous a gardé d`en- treprendre beaucoup de choses dangereuses et peu lounbles. Si j’avois eu autant d’esprit connue il en Huit, je ne me se- rois pas peut-être amusé à toutes les drôleries que je vous ai racoutécs, et j’aurois fait quelque chose de meilleur: je ne me serois pas déguisé en paysan; je n’nurois pas pris la peine ' de raconter les sottises des autres. ce qui a pense me coûter la vie; et enlin _i’aurois eu plus de bonheur que je n’en ai eu.` ce qui est un très-bel exemple pour tous les hommes du

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