Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/329
on rnmwciou. $29 si grand’peur que je n'y scaurois plus demeurer; ce n’est point mon mari qui parle, c’est quelque malin esprit qui est entré dans son corps au lieu de son âme, qui en est sortie il y a plus de six heures. Ahl dit le mari, vit—on jamais une plus grande méchanceté? Elle veut faire accroire que je suis mort afin d’avoir mon bien et se donner du bon temps avec son _ribaud. Alors il sortit d’une chambre voisine un jeune homme d’assez bonne façon et une femme déjà chenue, qui dirent tout résolument que le tavernier étoit mort, et qu’il le falloit ensevelir. Comment! ruflien, dit-il au jeune homme, es»tu bien si osé que de te montrer à moi? Va, va, je vivrai encore assez longtemps pour te voir pendre quelque jour; car tu se- ras puni, je te jure : tu as commis une plus grande faute que si tn avois voulu m’assassiner avec un couteau; car tu as voulu m’ensevelir tout en vie: en outre tu es un adultère, qui as souillé mon lit avec cette louve. Cette dispute semblant fort grandeà Francion, il en voulut sçavoir l’origine, et, ayant fait taire ceux qui crioient, il pria le tavernier qu’il lui contat son _ · fait; voici ce qu’il luidit: Monsieur, il y peut avoir trois ans qucje nie tnnriai fi cette diablesse que vous voyez: il eût mieux valu pour moi que je me fusse précipite dans la riviere; car, depuis que je suis avec elle, je n’ai pas eu un moment de repos: elle me fait ordinairement des querelles sur la pointe d‘nne aiguille, et_ crie si fort, qu’une lois, n’osant sortir ai la rue a cause d`nnc grosse pluie qui tomboit, je lus contraint de boucher mes oreilles avec des bossettes, et je ne sçais quel bandage que je mis â l’entour de ma tete, alin qu’au moins je ne l’enten- disse point, puisqu’il me falloit demeurer là. Aussitôt, elle reconnut ma finesse, et, voulant. que j’ouïsse les injures quelle me disoit, elle se jeta dessus nia fripperie, et n’eut point de cesse qu’elle ne m’eût dêsembeguiné; puis, appro- chant sa bouche de mes oreilles, elle cria dedans si fort, que huitjours après j’en demeurai tout hébété. Mais tout ceci n’est que jen; voyez comme elle est effrontee. Elle me vit une lois parler a unejeune lille de ce village; aussitôt elle songe a la malice, et, prenant le soir un couteau en se concluant, elle · (lit que, par la merci Dieu, elle me vouloit cltâtrer, pour nrempêcher d’aller faire des enfans à d’autre qu’elle. A cette heure-là, j'étois en une humeur fort douce et fort patiente :