Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/339

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· ne rnanciou. 559 qu’il a contre eux, n’eût été que, snngeant ii son prout, il ai- =' moit mieux les voler lui-même, et eût été marri que l’on les eût rendus si pauvres qn’il n’eùt plus en de quoi rapiner. A peine ponrriez—vous croire combien il les bat et leur tait coû- _ ter d’argent, lorsqu'ils ont ramassé quelques bnchettes qui se trouvent autour de son bois. Quand il a des ouvriersà la jour- née, il retarde à sa volonte un horloge de sa maison; et les fait pour le moins travailler deux heures plus qu’ils n’ont de coutume autre part. ll nourrit tous ses serviteurs le plus mes- quinement du monde. Si l’on met cuire des pois ou des len- tilles, il .les compte un à un, et il a appris la géométrietout exprès, ann que le compas lui serve à mesurer le pain, pour sçavoir combien l’on en mange. On dit qu’il plaint‘ l’cau aux oiseaux que nourrit sa (ille, et, quand on en a tiré un seau du puits pour rincer les verres, il a envie apres de la faire rejeter dedans, de crainte qu’elle ne faille. Jamais personne ne s’est pu vanter d’avoir banqueté chez lui. Lorsque ses amis (s’il est ainsi qu’il cn ait) le viennent voir par la porte de devant, de peur d’être contraint de les recevoir, il sort par la porte de , derrière, et s’en va se promener dans les lieux écartés, ou il est impossible de le trouver. Ainsi il fait en sorte que sa dépense de bouche va toujours d’un même train : et, pour ses valets, il ne les prend que de complexion tlegmatique et mélancoli- 'que, En cause que ceux qui sont tl’humeur colérique mangent . trop. Une fois un cuisinier s'étoit louéfchez lui, mais il lui de- manda bientôt son congé, disant que, s’i| demeuroit plus long- temps en sa maison, il'oublieroit son métier. Cet avare, voyant ses enfans devenir grands, s'en plaignoit un jour, au contraire de tous les autres hommes, qui sont fort aises de la croissance cles leurs, parce qu’ils espèrent cl’en avoir bientot un parfait contentement, les voyant mariés, ou pourvus dc quelque émi- nente qualité, ou remplis de quelque signalée vertu. Sa rai- son étoit que désormais il faudroit beaucoup d’étoi`fe pour les habiller, Quant à lui, jamais il ne s’l1abille que les fetes et les dimanches, qu’il va paroître dans l’église de son village; en- core met-il une chiquenillcü de toile par-dessus ses vêtemens, des qu’il est zi la maison; et si xi peine ose-t-il se remuer, tant ‘ liconomise. i I ’ Jaquette. _ '

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