Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/389

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un raaucioa. 589 tenir compagnie à sa mère, qui se promenoit toute seule. Elle fut bien étonnée d’avoir entendu si bien discourir un berger, et crut plusieurs fois que c’étoit un songe. Mais son admira- tion s’aecrut bien davantage, lorsqu’elle l’entendit chanter et jouer du luth devant ses fenetres, surles dix heures du soir. Elle le reconnut par les paroles d’un air qu’il venoit de faire, on il la supplioit de ne point mépriser le berger à qui elle . avoit parlé. Certes, c'étoit une chose qui lui senibloit bien mi- raculeuse qu’un homme de sa condition fit des vers si bons que ceux qu`elle euteudoit, et chantat encore et jouait du luth aussi bien que les meilleurs maitres. Les paysans grossiers, a qui ees perteetious-la avoient été montrées, ne les admiroieut pas tant qu’elle, dont le bel esprit se counoissoit à toutes choses. Ceci n’est rien toutefois au prix d’une lettre d’amour qu'elle reçoit le lendemain de sa part, où elle trouve les plus belles fleurs de Yéloqueuee. Il n’avoit point usé d’aut.re arti- fice, pour la lui faire tenir, que de la mettre dans un petit panier de jonc dont une jeune lille lui alloit faire présent. Son esprit étoit en beaucoup diuquiétudes touchant ce qu’elle devoit laire en la poursuite de son nouvel amant, dont la condition ne lui plaisoit pas. Si son mérite n'eût U adouci sa fierté, elle n’eût pas trouvé à propos la hardiesse qu’il s’étoit donnee de lui envoyer un poulet. Elle brûloit d’envie de sçavoir ou il avoit été nourri pour apprendre tant de geutillesses. Cela fut cause qu’étant sortie toute seule par la porte de derriere du clos elle soul`l`rit qu’il l'abordût, la rencontrant en uu lieu prochain, où il faisoit paître son · troupeau. Apres qu’il lui eut donné le bonjour et qu’il lui eut témoigné la joie qu’il rccevoit de l’av0ir si heureuse- ment trouvée, elle lui dit: Gentil berger, je pense que vous me voulez donner, par plaisir, des preuves de ce que vous m’avez dit, que vous étiez un amant aussi parfait que pas uu qui fut dans les villes. Ce n’est point pour passer le temps, comme vous vous figurez, repartit Franciou, e’est parce que la nécessité m’y contraint. Je ne le crois pas, dit Joconde. Si est-ce qu’il n’est rien de si véritable que vos beautés out un effort qui est bien capable de me porter ii d’autres choses, repartit Franeion; je serois marri qu’un autre sujet que le plus beau du monde (qui est d’être vaincu par vos appasl , m’eût fait prendre la licence de faire ce que j’ai fait. Je sçais ‘ ' 22.

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