Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/459

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DE FRANCION. 459 _ il y avoit longtemps qu’il étoit allé se mettre a11 lit, étant las d’attendre après un tel maitre. Le lendemain au matin, Audehert, s’étant réveillé, s’ha- billa et appelace valet, pour aider llorlensius à se vêtir (car il ne le falloit plus traiter qu’avee respect), et il voulut avoir l’l1onneur de lui donner sa chemise blanche. En lui ôtantla sale, il lui vint au nez une si mauvaise odeur, qu’il ne se put tenir de dire: llélas! comme vous seuteal Comment! je seas? reprit Hortensius; ne considères-tu pas q11e je com- mence a paroitre roi en toutes choses? Ne·vois—tu pas que je sens déjà l’Alexandre? Mais, si vos aisselles sentent l'A- lexandre, répliqua Audebert, j’ai peur que vos pieds ne sen- tent aussi le Darius, qui, avant qued’élre roi, avoit été messa- ger. Tu lais le gausseur, dit llortensius, maisje prends tout en bonne part : je sçais que les rois ont toujours près d’eux des hommes qui parlent librement pour les divertir; autre- ` ment ils n’auroient point de plaisir en ce monde. Comme il achevoit ces mots, voila Raymond, Francion, du Buisson et Dorini'qui le viennent saluer, et luidemandent comment il a passe la nuit. ll leur dit qu’il en avoit passé une bonne pa1·- tie à lire le livre de sainte Brigide, et leur montra les prophé- ties qu’il avoit expliquées ai son avantage, à quoi ils connu- rent qu’il étoit plus d’S1 moitié l`0l et que leur artiiice auroit de très-beaux succès. Lui, qui avoit lu les romans, 110 t1·ou- voit point étrange que d’u11 misérable écrivain il fût devenu roi, vu qu’il avoit souvent écrit des aventures pareilles, ou il ne trouvoit pas tant de vraisemblance qu’en la sienne, et qu’il étoit si accoutumé à ces choses-la qu’il n’y voyoit rien d’e1;traordinaire. Comme Francion _l’cntretenoit sérieusement sur les propl1é· q ties, du Buisson les vint interrompre, et dità Hortensius : Or çà, apprenez-moi une chose, monsieur, monseigneur ou Siro: je ne sçais encore comment je vous dois appeler. Lorsque j’aurai la couronne sur la tête, dit llortensius, il sera bon de m’appeler Sire; pour cette beure, je me contenterai du titre de monseigneur, Pardonnez-nous, dit Raymond, si nous vous désobéissons en ceci quand vous' nous le commaiuleriez : il n'y a point de doute qu’il vous laut appeler Sire, car il y si longtemps q11e vous étes roi de mérite, encore que vo11s ne lc fussiez pas de condition. Fnites—en donc ce que vous vou-

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