Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/479

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DE FRANCION. AÉ9 vous gardercz mieux d’être trompés. Je vous proteste donc encore qu’Éniilie assure que vous lui avez promis la foi, et que vous ne devez rien faire avec Nays au préjudice de votre parole. Sa mere m’a prié de vous le venir dire, aûn que vous ne soyez pas si déloyal que de vouloir passer plus outre. Ber- gamin joignit à ceci de longs discours contre l’infldelité des amoureux, ou il lit paroître sa memoire, citant quantité d’au- teurs qu’il avoit lus, et il montra aussi la vivacité de son cs— prit, y appropriaut beaucoup de belles pensées qui étoient de son invention. ll s’animoit quelquefois mème, ayant un geste d’0rateur, et tenoit une contenance si sérieuse, que, s’il ne parloit tout à bon, il l'alloit avouer qu’il étoit le meilleu1· co- médien du monde. Francion ne sçavoit presque plus s’il devoit s`eu rire ou s'en faeber 1 néanmoins il lui repartit encore que tant plus il en diroit, tant plus il témoigneroit de scavoir bien leindre. Bergamin lui dit alors qu’à la verité l’on lui avoit vu faire des fictions qui approcboient de ceci, mais que c’é- toit envers des hommes qui méritoient d’être dupes, et non pas envers Fraucion, qui devoit être traité d’une autre sorte, et qu’il n’en vouloit plus parler davantage, parce que l’on auroit bientôt «.l’autres assurances plus fortes de ce qu’il avoit dit. ll s'en alla apres ceci, étant tout fâché de voir qu’a cause qu’il s'étoit accoutumé à dire quelquefois des menson- ges, Pon ne croyoit point qu’il fut jamais capable de dire un seul mot de vérité. lion connut, xi la façon de son départ, qu"il n’avoit parlé qu’a bon escient: car, s’il eût voulu railler, il eut enllu tourné en risée tout ce qu’il avoit dit, sçacliant bien qu’il n'a- voit pas allhire à des niais. Quand il fut sorti, Raymond dit il Francion qu’il sçavoit bien si sa conscience étoit nette du crime qu’il lui iinposoit. Moi, dit Francion, je vous assure qu’il n’est rien de tout cela, et que, de quelque façon que ce soit, il faut qu’il y ait ici quelque fourbe: mais tout cela ne m’émeut pas en lhçon du monde, car je suis au-dessus de toutes ces attaques, ll fut encore tenu quelque autre discours là-dessus, et puis ils s’allèrent reposer. Le lendemain, Francion voulut aller voir Nays et lui donner le bonjour; mais, comme il y pensoit entrer avec la liberté qu’il croyoit avoir acquise, un de ses serviteurs lui vint dire promptement que Nays n’étoit

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