Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/101

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Maintenant que j’ai fait la cour aux lecteurs peu sensibles par cette digression, je raconterai que, la veille de la mort de ma mère, on nous mena promener, ma sœur Pauline et moi, rue Montorge : nous revînmes le long des maisons à gauche de cette rue (au Nord). On nous avait établis chez mon grand-père, dans la maison sur la place Grenette. Je couchais sur le plancher, sur un matelas, entre la fenêtre et la cheminée, lorsque sur les deux heures du matin toute la famille rentra en poussant des sanglots.

« Mais comment les médecins n’ont pas trouvé de remèdes ? » disais-je à la vieille Marion (vraie servante de Molière, amie de ses maîtres mais leur disant bien son mot, qui avait vu ma mère fort jeune, qui l’avait vu marier dix ans auparavant, en 1780) et qui m’aimait beaucoup.

Marie Thomasset, de Vinay, vrai type de caractère dauphinois, appelée du diminutif Marion, passa la nuit assise à côté de mon matelas, pleurant à chaudes larmes et chargée apparemment de me contenir. J’étais beaucoup plus étonné que désespéré, je ne comprenais pas la mort, j’y croyais peu.

« Quoi, disais-je à Marion, je ne la reverrai jamais ?

— Comment veux-tu la revoir, si on l’emportera (sic) au cimetière ?

— Et où est-il, le cimetière ?