Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/61

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(comme je les appelais alors, la tête remplie de choses militaires) ne m’ont pas fait un plaisir qui fût la moitié seulement du profond malheur que me causaient mes défaites.

La victoire étonnante de Menti ne m’a pas fait un plaisir comparable à la centième partie de la peine qu’elle m’a faite en me quittant pour M. de Bospier.

Avais-je donc un caractère triste ?

… Et là, comme je ne savais que dire, je me suis mis sans y songer à admirer de nouveau l’aspect sublime des ruines de Rome et de sa grandeur moderne : le Colisée vis-à-vis de moi et, sous mes pieds, le Palais Farnèse, avec sa belle galerie de choses modernes ouverte en arceaux, le palais Corsini sous mes pieds.

Ai-je été un homme d’esprit ? Ai-je eu du talent pour quelque chose ? M. Daru* disait que j’étais ignorant comme une carpe ; oui, mais c’est Besanç[on] qui m’a rapporté cela et la gaieté de mon caractère rendait fort jalouse la morosité de cet ancien secrétaire-général de Besanç[on]*. Mais ai-je eu le caractère gai ?

Enfin, je ne suis descendu du Janicule que lorsque la légère brume du soir est venue m’avertir que bientôt je serais saisi par le froid subit et fort désagréable et malsain qui en ce pays suit immédiatement le