Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/66

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quarts de mes connaissances, que ces deux idées : le plus fripon des Kings et Tartare hypocrite* appliqués à deux noms que je n’ose écrire ; en 1880, ces jugements seront des truisms que même les Kératry de l’époque n’oseront plus répéter. Ceci est du nouveau pour moi ; parler à des gens dont on ignore absolument la tournure d’esprit, le genre d’éducation, les préjugés, la religion* ! Quel encouragement à être vrai, et simplement vrai, il n’y a que cela qui tienne. Benvenuto a été vrai, et on le suit avec plaisir, comme s’il était écrit d’hier, tandis qu’on saute les feuillets de ce jésuite* de Marmontel qui pourtant prend toutes les précautions possibles pour ne pas déplaire, en véritable Académicien. J’ai refusé d’acheter ses mémoires à Livourne, à vingt sous le volume, moi qui adore ce genre d’écrits.

Mais combien ne faut-il pas de précautions pour ne pas mentir !

Par exemple, au commencement du premier chapitre, il y a une chose qui peut sembler une hâblerie : non, mon lecteur, je n’étais point soldat à Wagram en 1809.

Il faut que vous sachiez que, quarante-cinq ans avant vous, il était de mode d’avoir été soldat sous Napoléon. C’est donc aujourd’hui, 1835, un mensonge tout à fait digne d’être écrit que de faire entendre indirectement et sans mensonge absolu (jesuitico* more), qu’on a été soldat à Wagram.