Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/77

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je suis si loin d’être blasé sur leurs ruses et petites grâces qu’à mon âge, cinquante-deux [ans]*, et en écrivant ceci, je suis encore tout charmé d’une longue chiacchierata qu’Amalia a eue hier soir avec moi au Th[éâtre] Valle.

Pour les considérer le plus philosophiquement possible et tâcher ainsi de les dépouiller de l’auréole qui me fait aller les yeux, qui m’éblouit et m’ôte la faculté de voir distinctement, j’ordonnerai ces dames (langage mathématique) selon leurs diverses qualités. Je dirai donc, pour commencer par leur passion habituelle : la vanité, que deux d’entre elles étaient comtesses et une, baronne.

La plus riche fut Alexandrine Petit, son mari et elle surtout dépensaient bien 80.000 francs par an. La plus pauvre fut Mina de Grisheim, fille cadette d’un général sans nulle fortune et favori d’un prince tombé, dont les app[ointement]s faisaient vivre, la famille, ou Mlle Bereyter, actrice de l’Opera-Buffa.

Je cherche à distraire le charme, le dazzling des événements, en les considérant ainsi militairement. C’est ma seule ressource pour arriver au vrai dans un sujet sur lequel je ne puis converser avec personne. Par pudeur de tempérament mélancolique (Cabanis), j’ai toujours été, à cet égard, d’une discrétion incroyable, folle. Quant à l’esprit, Clémentine l’a emporté sur toutes les autres. Métilde l’a emporté par les sentiments nobles, espagnols ;