Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/81

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Saint-Denis), le père Ducros, bibliothécaire de la ville de Grenoble, l’incomparable Gros (de la rue St-Laurent), géomètre de la haute volée et mon maître, à l’insu de mes parents mâles, car il était jacobin et toute ma famille bigotement ultra. Ces trois hommes ont possédé toute mon estime et tout mon cœur, autant que le respect et la différence d’âge pouvaient admettre ces communications qui font qu’on aime. Même, je fus avec eux comme je fus plus tard avec les êtres que j’ai trop aimés, muet, immobile, stupide, peu aimable et quelquefois offensant à force de dévouement et d’absence du moi. Mon amour-propre, mon intérêt, mon moi avaient disparu en présence de la personne aimée, j’étais transformé en elle. Qu’était-ce quand cette personne était une coquine comme madame Piétragrua ? Mais j’anticipe toujours. Aurai-je le courage d’écrire ces Confessions d’une façon intelligible ? Il faut narrer, et j’écris des considérations sur des événements bien petits mais qui, précisément à cause de leur taille microscopique, ont besoin d’être contés très distinctement. Quelle patience il vous faudra, ô mon lecteur !

Donc, suivant moi, l’énergie ne se trouvait, même à mes yeux (en 1811), que dans la classe qui est en lutte avec les vrais besoins.

Mes amis nobles, MM. Raymond de Bérenger (tué à Lutzen), de Saint-Ferréol, de Sinard (dévot mort jeune), Gabriel Du B....... (sorte de filou