Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/88

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marguerites. C’est une jolie petite fleur dont je faisais un bouquet. Ce pré de 1786 se trouve sans doute aujourd’hui au milieu de la ville, au sud de l’église du collège*.

Ma tante Séraphie* déclara que j’étais un monstre et que j’avais un caractère atroce. Cette tante Séraphie avait toute l’aigreur d’une fille dévote qui n’a pas pu se marier. Que lui était-il arrivé ? Je ne l’ai jamais su, nous ne savons jamais la chronique scandaleuse de nos parents, et j’ai quitté la ville pour toujours à seize ans, après trois ans de la passion la plus vive, qui m’avait relégué dans une solitude complète.

Le second trait de caractère fut bien autrement noir.

J’avais fait une collection de joncs, toujours sur le glacis de la porte de Bonne (Bonne de Lesdiguières. Demander le nom botanique du jonc, herbe de forme cylindrique comme une plume de poulet et d’un pied de long).

On m’avait ramené à la maison, dont une fenêtre au premier étage donnait sur la Grande-rue, à l’angle de la place Grenette. Je faisais un jardin en coupant ces joncs en morceaux* de deux pouces de long que je plaçais dans l’intervalle entre le balcon et le jet d’eau de la croisée. Le couteau de cuisine dont je me servais m’échappa et tomba dans la rue, c’est-à-dire d’une douzaine de pieds, près d’une madame Chenevaz. C’était la plus méchante femme