Page:Stowe - Marion Jones.djvu/42

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encore le consentement du Père Mâchoire. Miss Silence ignorait tout ce qui se passait autour d’elle et continuait à traiter Marion en petite fille, n’ayant pas la moindre idée qu’une fille qui ne pouvait sans être surveillée faire des conserves ou donner un dîner songeât à devenir elle-même une maîtresse de maison. À la vérité, elle commençait déjà à remarquer un changement extraordinaire dans l’esprit et les manières de sa sœur, qu’elle perdait parfois la tête, oubliant de mettre la gingembre dans les pains d’épice, mettant dans d’autres de la farine de moutarde, entraînant la salière avec la nappe, et laissant dix fois par jour entrer le chat dans le garde-manger ; et enfin, lorsqu’elle la grondait pour toutes ses étourderies, elle se mettait à pleurer, et faisait toutes choses un peu plus mal qu’auparavant. Silence pensant que Marion était atteinte d’une maladie nerveuse, lui fit une décoction d’absinthe et de chiendent pour calmer, disait-elle, cette irritation. La pauvre Marion avait beau protester qu’elle n’était pas malade, miss Silence répondait qu’elle savait mieux qu’elle ce qu’il fallait pour la guérir. Un soir elle entretint longuement M. Joseph