Page:Tamizey de Larroque - Une demi douzaine de lettres inédites adressées par des hommes célèbres au maréchal de Gramont.djvu/16

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vous ont occupé. Mon ambition ne passe pas outre, n’espérant pas estre jamais si heureux que de vous pouvoir tesmoigner par mes actions avec quelle passion je suis et j’ay tousjours esté,

Monseigneur,
Vostre tres humble et tres obéissant serviteur.
Balzac[1].
Ce 17 septembre 1652.



IV


Monsieur,

On ne peut avoir plus de joie que je n’ay receu du voiage que vous avés faict, qui est asseurément le plus beau et le plus illustre qu’homme du monde puisse faire[2]. Je vous asseure sans caiolerie que tous vos amis et serviteurs ont eu une satisfaction toute particulière de veoir l’applaudissement public que tout le monde a donné au choix que l’on a faict de vous, par dessus tous les aultres, pour une si grande et si magnifique action. Car il n’y a personne qui n’ait esté persuadé, avant mesme que vous soies parti, qu’on ne pouvoit confier la dignité d’une telle ambassade à aulcun aultre suject qui s’en peut si bien acquiter que vous. Les choses ont tellement réussi et vous y avés si parfaitement gardé toutes les mesures de la majesté de la couronne et de la galanterie d’un prince amoureux, qu’en

  1. Le maréchal de Gramont ne fut pas seulement le correspondant de Balzac, il en fut aussi l’hôte, comme nous l’apprend une lettre à Courart écrite deux mois après celle-ci (Recueil de 1665, p. 957, 20 novembre) « Je vous eusse escrit il y a trois jours, si j’eusse eu une heure de loisir pour cela. Mais, monsieur le maréchal de Gramont, estant ici, il falut luy donner le jour du courrier. Rappelons que le maréchal eut les meilleures relations avec un grand nombre d’autres hommes de lettres, notamment, sans parler de Godeau, l’évêque de Vence, avec Jean Chapelain (voir les lettres inédites de ce dernier, t. i, 1880, pp. 69, 71, 140, etc). Je suis heureux d’annoncer, à propos de la charmante lettre de Balzac au maréchal, qu’un des agrégés les plus distingués de l’Université, M. Jules Favre, prépare sur l’auteur du Socrate chrétien un grand travail littéraire qui sera un régal pour les plus délicats.
  2. Le voyage d’Espagne fait par le maréchal (octobre 1659) en qualité d’ambassadeur extraordinaire de Louis XIV, au nom duquel il alla demander la main de Marie-Thérèse. Voir les détails donnés sur le voyage et le séjour à Madrid de l’ambassadeur dans les Mémoire du maréchal de Gramont, duc et pair de France, commandeur des Ordres du roy, gouverneur de Navarre et de Bearn, donnez au public par le duc de Gramont, son fils, pair de France (Paris, 1716. t. ii, p. 174-230).