Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/113

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« Prince, rendez-nous Constantin-Dmitritch, dit la comtesse : nous voulons faire un essai.

— Quel essai ? Celui de faire tourner des tables ? Eh bien, vous m’excuserez, messieurs et dames ; mais, selon moi, le furet serait plus amusant, — dit le prince en regardant Wronsky, qu’il devina être l’auteur de cet amusement ; — du moins le furet a quelque bon sens. »

Wronsky leva tranquillement un regard étonné sur le vieux prince, et se tourna en souriant légèrement vers la comtesse Nordstone ; ils se mirent à parler d’un bal qui se donnait la semaine suivante.

« J’espère que vous y serez ? » dit-il en s’adressant à Kitty.

Aussitôt que le vieux prince l’eut quitté, Levine s’esquiva, et la dernière impression qu’il emporta de cette soirée fut le visage souriant et heureux de Kitty répondant à Wronsky au sujet du bal.


CHAPITRE XV


Le soir même, Kitty raconta à sa mère ce qui s’était passé entre elle et Levine ; malgré le chagrin qu’elle éprouvait de l’avoir peiné, elle se sentait flattée d’avoir été demandée en mariage ; mais, tout en ayant la conviction d’avoir bien agi, elle resta longtemps sans pouvoir s’endormir ; un souvenir l’impressionnait plus particulièrement : c’était celui de Levine, debout auprès du vieux prince,