Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/149

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Kitty rougit. Elle croyait être seule à comprendre pourquoi il était venu sans vouloir paraître au salon.

« Il aura été chez nous, pensa-t-elle, n’aura trouvé personne, et aura supposé que j’étais ici, mais il ne sera pas resté à cause d’Anna, et parce qu’il est tard. »

On se regarda sans parler, et l’on examina l’album d’Anna.

Il n’y avait rien d’extraordinaire à venir vers neuf heures et demie du soir pour demander un renseignement à un ami, sans entrer au salon ; cependant chacun fut surpris, et Anna plus que personne : il lui sembla même que ce n’était pas bien.


XXII

Le bal ne faisait que commencer lorsque Kitty et sa mère montèrent le grand escalier brillamment éclairé et orné de fleurs, sur lequel se tenaient des laquais poudrés, en livrées rouges. Du vestibule où, devant un miroir, elles arrangeaient leurs robes et leurs coiffures avant d’entrer, on entendait un bruissement semblable à celui d’une ruche, et le son des violons de l’orchestre se mettant d’accord pour la première valse.

Un petit vieillard, qui rajustait ses rares cheveux blancs devant un autre miroir, et répandait autour de lui les parfums les plus pénétrants, regarda Kitty avec admiration ; il l’avait rencontrée sur l’escalier