Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/183

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« Si je remplissais une seconde tasse ? » dit-elle ; et elle sortit chercher du thé.

Laska continuait à fourrer sa tête dans la main de son maître : il la caressa, et aussitôt elle se coucha en rond à ses pieds, posant la tête sur une de ses pattes de derrière ; et pour mieux prouver que tout allait bien et rentrait dans l’ordre, elle ouvrit légèrement la gueule, glissa la langue entre ses vieilles dents, et, avec un léger claquement de lèvres, s’installa dans un repos plein de béatitude. Levine suivait tous ses mouvements.

« Je ferai de même ! pensa-t-il ; tout peut encore s’arranger. »


XXVIII

Anna Arcadievna envoya le lendemain du bal une dépêche à son mari pour lui annoncer qu’elle quittait Moscou le jour même.

« Non, il faut, il faut que je parte, — dit-elle à sa belle-sœur pour lui expliquer ses changements de projets, comme si elle se rappelait à temps les nombreuses affaires qui l’attendaient ; — il vaut mieux que ce soit aujourd’hui. » Stépane Arcadiévitch dînait en ville, mais il promit de rentrer pour reconduire sa sœur à sept heures. Kitty ne vint pas, et s’excusa par un petit mot, se disant souffrante de la migraine.

Dolly et Anna dînèrent seules avec les enfants et