Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/204

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velles de la ville. Alexis Alexandrovitch était à son ministère. Restée seule, Anna employa le temps qui précédait l’heure du dîner à assister à celui de son fils, car l’enfant mangeait seul, et à remettre de l’ordre dans ses affaires et dans sa correspondance arriérée.

Le trouble et le sentiment de honte dont elle avait tant souffert en route disparaissaient maintenant dans les conditions ordinaires de sa vie ; elle se retrouvait calme et irréprochable et s’étonnait de son état d’esprit de la veille. « Que s’était-il passé de si grave ? Wronsky avait dit une folie à laquelle il serait facile de ne donner aucune suite. Inutile d’en parler à Alexis Alexandrovitch, ce serait paraître y attacher de l’importance. » Et elle se souvint d’un petit épisode avec un jeune subordonné de son mari, qu’elle s’était cru obligée de raconter à celui-ci. Alexis Alexandrovitch lui dit alors que toute femme du monde devait s’attendre à des incidents de ce genre, mais que sa confiance en elle était trop absolue pour qu’il se permît une jalousie humiliante et ne se fiât pas à son tact.

« Mieux vaut se taire, et d’ailleurs je n’ai, Dieu merci, rien à dire », pensa-t-elle.


CHAPITRE XXXIII


Alexis Alexandrovitch rentra de son ministère vers quatre heures, mais le temps lui manqua, ainsi que cela lui arrivait souvent, pour entrer chez sa