Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/14

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de leur sommeil s’exhalât un suave parfum d’innocence et de paix.

Pour moi (l’homme est sujet aux mauvaises pensées), depuis un moment je maniais une pierre. À la fin, fortement sollicité par un malin désir, je la lançai dans la mare tout à côté… Aussitôt les trois têtes sortirent en sursaut de dessous l’aile.




C’étaient trois canards, j’oubliais de le dire. Ils faisaient là leur sieste, tandis qu’assis au bord de la flaque je songeais, presque aussi heureux que mes paisibles compagnons.

Aux champs, l’heure de midi est celle du silence, du repos, de la rêverie. Pendant que le soleil darde à plomb ses rayons sur la plaine, hommes et animaux suspendent leur labeur ; le vent se tait, l’herbe se penche ; les insectes seuls, animés par la chaleur, bourdonnent à l’envi dans les airs, formant une lointaine musique qui semble augmenter le silence même.

À quoi je songeais ? à toutes sortes de choses, petites, grandes, indifférentes ou charmantes à mon cœur. J’écoutais le bruissement des grillons ; ou bien, étendu sur le dos, je regardais au firmament les métamorphoses d’un nuage ; d’autres fois, me couchant contre terre, je considérais, sur le pied d’un saule creux, une mousse humide, toute parsemée d’imperceptibles fleurs ; je découvrais bientôt dans ce petit monde, des montagnes, des vallées, d’ombreux sentiers, fréquentés par quelque insecte d’or, par une fourmi diligente. À tous ces objets s’attachait dans mon esprit une idée dé mystère et de puissance qui m’élevait insensiblement de la terre au ciel, et alors, la présence du Créa-