Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/15

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teur se faisant fortement sentir, mon cœur se nourrissait de grandes pensées.

Quelquefois, les yeux fixés sur les montagnes, je songeais à ce qui est derrière, au lointain pays, aux côtes sablonneuses, aux vastes mers ; et si, au milieu de ma course, je venais à heurter quelque autre idée, je la suivais où elle voulait me conduire, si bien que du bout de l’Océan je rebroussais subitement jusque sur le pré voisin, ou sur la manche de mon habit.




Il m’arrivait aussi de tourner les yeux sur le vieux presbytère, à cinquante pas de la mare, derrière moi. Je n’y manquais guère lorsque l’aiguille de l’horloge approchait de l’heure, et qu’à chaque seconde j’attendais de voir, au travers des vieux arceaux du clocher, le marteau s’ébranler, noir sur l’azur du ciel, et retomber sur l’airain. Surtout j’aimais à suivre de l’oreille le tintement sonore que laissait après lui le dernier coup, et j’en recueillais les ondes décroissantes, jusqu’à ce que leur mourante harmonie s’éteignît dans le silence des airs.

Je revenais alors au presbytère, à ses paisibles habitants, à Louise ; et, laissant retomber ma tête sur mon bras, j’errais, en compagnie de mille souvenirs, dans un monde connu de mon cœur seulement.




Ces souvenirs, c’étaient les jeux, les plaisirs, les agrestes passe-temps dans lesquels s’était écoulée notre enfance. Nous avions cultivé des jardins, élevé des oiseaux, fait des feux au coin de la prairie : nous avions mené les bêtes aux champs, monté sur l’âne, abattu