Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/25

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voyant, les mots m’ont manqué, et pourtant je voulais vous dire ce que j’ai sur le cœur.

C’est depuis six mois, monsieur Prévère, depuis la course aux montagnes, d’où nous revînmes tard, Louise et moi. Je n’ai plus été le même, et je ne sais plus trouver de plaisir qu’à ce qui se rapporte à elle ; aussi je crains de vous avoir souvent paru distrait, négligent et peu appliqué. C’est involontaire, je vous assure, monsieur Prévère, et j’ai fait des efforts que vous ne savez pas ; mais au milieu, cette idée me revient sans cesse, et toute sorte d’autres que je vous dirai, et que vous trouverez, je crains, bien extravagantes, ou blâmables. À présent que je vous ai dit cela, je sens que j’oserai vous parler, si vous me questionnez.

Charles. »


Je lisais et relisais cette lettre, bien déterminé à la remettre le jour même.




Un soir de l’automne précédent, nous étions partis, Louise et moi, pour visiter les deux vaches de la cure, qui passaient l’été aux chalets, à mi-côte de la montagne. Nous prîmes par les bois, jasant, folâtrant le long du sentier, et nous arrêtant aux moindres choses qui se rencontraient. Dans une clairière, entre autres, nous fîmes crier l’écho : puis, à force d’entendre sa voix mystérieuse sortir des taillis, une espèce d’inquiétude nous gagna, et nous nous regardions en silence, comme si c’eût été une troisième personne avec nous dans le bois. Alors nous prîmes la fuite d’un commun mouvement, pour aller rire plus loin de notre frayeur.

Nous arrivâmes ainsi près d’un ruisseau assez rempli