Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/27

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mençais à partager avec elle, et l’impression d’un plaisir tout nouveau me fit battre le cœur.

Dans la situation où nous étions, c’était comme une issue à notre gêne, et quelque chose de la douceur d’une réconciliation. Il s’y joignait aussi pour moi un charme secret, comme si elle eût eu besoin de ma protection, et que j’eusse été un appui pour sa timide faiblesse. Profitant de l’obscurité qui empêchait qu’elle ne s’aperçût de ma préoccupation, je tournais sans cesse les yeux de son côté, sans être rebuté de ce que je ne pouvais la voir. Mais je sentais mieux sa présence, et je savourais avec plus de douceur les tendres sentiments dont j’étais pénétré.

C’est ainsi que nous atteignîmes la lisière du bois, où, retrouvant la voûte du ciel et la lumière de la lune, je retombai dans un autre embarras. Il me sembla qu’il n’y avait plus de motif pour que je retinsse sa main, et, d’autre part, je trouvais qu’il y eût eu de la froideur ou de l’affectation à retirer la mienne ; en sorte que, dans ce moment, j’aurais désiré de tout mon cœur qu’elle m’échappât d’elle-même. Je tirais toute sorte d’inductions des plus insensibles mouvements de ses doigts, et les plus involontaires frémissements des miens me causaient une extrême émotion. Par le plus grand bonheur, une clôture se présenta qu’il fallut franchir. Aussitôt je quittai la main de Louise, après avoir passé par tant d’impressions aussi vives que nouvelles.

Quelques instants après nous arrivâmes à la cure.




Pendant que je relisais ma lettre, le bruit d’une croisée qui s’ouvrit à la cure me fit tourner la tête. Je