Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/30

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Le chantre portait une jaquette de gros drap noir, ayant deux larges poches en dehors. J’avais remarqué que de l’une d’elles sortait à moitié un papier ployé en forme de lettre. Je ne sais quel bizarre rapprochement je vins à faire dans mon esprit entre ce papier et l’attitude pensive où je venais de laisser M. Prévère ; mais ce fut à une idée aussi vague que se prit ma curiosité.

Je retournai donc sur mes pas, mais dès lors avec l’émotion d’un coupable. Tremblant au plus petit bruit qui se faisait alentour, je m’arrêtais de temps en temps pour lever les yeux en haut, comme si quelqu’un m’eût regardé de dessus les arbres ; puis je les baissais bien vite, pour ne pas perdre de vue le chantre. Ses cheveux noirs et courts, les robustes formes de son cou, cette tête dure et hâlée, appuyée sur deux grosses mains calleuses, m’inspiraient un secret effroi, et l’idée d’un réveil terrible épouvantait mon imagination.

Cependant Dourak, trompé par mon air d’attente et d’émotion, s’était mis à guetter tout alentour, la patte levée et le nez au vent, lorsqu’au bruit d’un lézard qui glissait sous des feuilles sèches il fit un grand bond, et tomba bruyamment sur ces feuilles retentissantes. Je restai immobile, tandis qu’une sueur froide parcourait tout mon corps.




Ma frayeur avait été telle, que je me serais éloigné immédiatement, sans une nouvelle circonstance qui vint piquer au plus haut degré ma curiosité. J’étais assez près du papier pour y distinguer l’écriture de Louise.