Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/31

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D’ailleurs, le bruit assez fort qu’avait fait Dourak n’ayant en aucune façon altéré le profond sommeil du chantre, j’étais sorti de ma peur à la fois soulagé et enhardi. Je ne conservais plus qu’une grande indignation contre Dourak, à qui je fis des signes muets de colère et toute sorte d’éloquentes gesticulations pour m’assurer de son silence. Mais, m’apercevant qu’il prenait la chose au grotesque, je finis bien vite ma harangue, car je voyais avec une affreuse angoisse qu’il allait faire un saut et m’aboyer au nez.




Je fis encore un pas. La lettre n’était pas reployée entièrement, mais négligemment froissée. Le chantre venait probablement de la lire, ce que je reconnus à ses lunettes qui étaient auprès de lui sur le gazon.

Mais j’éprouvai la plus délicieuse surprise lorsque, sur le côté extérieur, je lus ces mots tracés par la main de Louise : À Monsieur Charles. J’eus la pensée de m’emparer de la lettre, comme étant ma propriété, mon bien le plus précieux ; puis, réfléchissant aux conséquences que pourrait avoir cette démarche, je chancelai, et un petit mouvement nerveux que fit le chantre, à cause d’une mouche qui s’était posée à fleur de sa narine, acheva de m’ébranler. Je cherchai donc à lire dans l’intérieur des deux feuillets, tout en inspectant les mouches.

Il y en eut une, entre autres, qui me donna un mal infini. Chassée de la tempe, elle revenait sur le nez, pour se poser ensuite sur le sourcil. Dourak, voyant les mouvements que je faisais pour l’éconduire, se leva, tout prêt à sauter dessus. Je laissai donc la mou-