Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/33

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semblait qu’un invincible embarras s’opposât aux moindres signes qui eussent trahi le secret de mon cœur. Mais, mon ami, aujourd’hui que… »

À ce langage, des larmes troublèrent ma vue. Je m’arrêtai quelques instants ; puis, revenant à mon travail, je pris les deux feuillets par le bout, afin de les écarter et de lire plus bas… Alors, comme si tout dans ce jour eût dû concourir à réaliser le charme de mes rêves les plus chéris, j’aperçus une boucle de ses cheveux…

Ici le chantre souleva brusquement la tête… je me jetai contre terre à la renverse.




Je ne voyais plus, et la peur m’ôtait le souffle. Dourak, surpris de ma chute, vint me lécher la figure : je lui donnai sur le museau une tape qui provoqua un cri plaintif. Alors, la honte et le trouble me suffoquant, je fis, à tout événement, semblant de dormir moi-même.

Mais, dès que j’eus fermé les yeux, je n’osai plus les rouvrir. Je m’apercevais bien, au silence profond qui s’était rétabli, que le chantre ne faisait plus de mouvements ; mais, loin de le supposer endormi de nouveau, mon imagination me le représentait agenouillé auprès de moi, sa tête inclinée sur la mienne, et son œil soupçonneux cherchant à surprendre ma ruse dans mon regard, au moment où j’ouvrirais les paupières. Je voyais sa main levée, j’entendais son rude langage : en sorte que, fasciné par cette image menaçante, je demeurais les yeux clos, et couvrant de la plus parfaite immobilité l’agitation extrême à laquelle j’étais en proie.

À la fin, faisant un effort immense, j’entr’ouvris les