Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/37

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tion sur la manière dont vous la supporterez vous-même. Mais allons plus loin, ajouta-t-il.

Ces mots me troublèrent, et mille conjectures se croisèrent dans mon esprit. Néanmoins un sentiment d’orgueil se mêlait à ce trouble, car les paroles confiantes de M. Prévère me relevaient dans ma propre estime.




Arrivés vers le pied de là montagne, M. Prévère s’arrêta. — Restons ici, dit-il, nous y serons seuls.

C’était une espèce d’enceinte, formée par les parois d’une carrière anciennement exploitée, où quelques noyers formaient un bel ombrage. De là on découvrait de lointaines campagnes, tantôt unies et divisées par d’innombrables clôtures, tantôt montueuses ou couvertes de bois, et sillonnées par le cours du Rhône. De loin en loin quelques clochers marquaient la place des hameaux, et, plus près de nous, les troupeaux épars paissaient dans les champs. C’est là que nous nous assîmes.

— Charles, me dit M. Prévère avec calme, si vous avez quelquefois réfléchi sur votre âge, vous serez moins surpris de ce que j’ai à vous dire. Votre enfance est finie, et de l’emploi que vous allez faire de votre jeunesse dépendra votre carrière future. Il faut maintenant que votre caractère se développe par la connaissance du monde, par vos rapports avec vos semblables ; il faut que des études nouvelles étendent votre savoir, perfectionnent vos facultés, afin que peu à peu, selon vos efforts, vos talents et votre honorable conduite, vous entriez dans la place que la Providence vous aura assignée ici-bas… Mais, mon ami, ce n’est plus dans ces humbles campagnes…