Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/47

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Mais, pendant que je cherchais ainsi mon gîte, la pensée de me rapprocher de la cure se présenta à mon esprit. L’idée qu’en agissant ainsi je tromperais M. Prévère m’y fit d’abord renoncer. Néanmoins je revins machinalement sur le chemin, où je rebroussai lentement jusqu’au sommet du coteau. Là je commençai à composer avec moi-même, tout en avançant toujours ; et, bien que le remords et la crainte me pressassent à chaque instant de m’arrêter, j’ajoutais sans cesse un pas au pas précédent. Je me retrouvai enfin près de la mare.




Que tout était changé ! Loin de retrouver dans ces lieux les illusions que j’y cherchais pour quelques instants encore, je n’éprouvai que l’amère impression de m’y sentir désormais étranger. Tout était froid, désenchanté, et les objets qui autrefois me causaient le plus de plaisir à voir étaient justement ceux qui, dans ce moment, blessaient le plus mes regards. Je me décidai de nouveau à m’éloigner, ne sachant plus que faire de moi-même.




J’avais déjà rebroussé de quelques pas, lorsque je vis une pâle lueur qui éclairait le feuillage des tilleuls. Je m’approchai tout doucement, et je reconnus que la lumière partait de la chambre de Louise. Je restai immobile, les yeux fixés sur la modeste boiserie où se projetait son ombre, tandis qu’au sentiment de sa présence tout reprenait vie autour et au dedans de moi.

Louise était assise devant la petite table qui se trouvait auprès de la fenêtre. Je jugeai qu’en ce moment