Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/49

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Là, je commençai à respirer. En regardant par les fentes du vieux portail ce qui se passait à l’extérieur, j’aperçus bientôt le chantre qui, ayant éteint sa lumière, marchait doucement dans les ténèbres, regardant de tous côtés, et prêtant l’oreille au moindre bruit. Il s’éloigna lentement ; et, peu de temps après, quelque mouvement que j’entendis du côté de l’église où se trouvait son logement me fit comprendre qu’il était rentré. Au profond silence qui s’établit ensuite, je jugeai que seul je veillais dans la cure, et je me crus sauvé.

Ma frayeur était trop récente pour que j’osasse sortir tout de suite, et d’ailleurs je ne savais où aller. Je me décidai donc à passer dans l’église deux ou trois heures, pour en partir avant le jour, et j’allai m’asseoir à la place de Louise. L’horloge sonnait une heure, j’étais épuisé de fatigue ; après avoir lutté quelque temps, je finis par me coucher sur le banc, et le sommeil m’y surprit.




Je fus réveillé par un grand bruit. C’était la cloche du temple, qui appelait les paroissiens au service divin. Je me levai en sursaut, et, le bouleversement m’ôtant toute présente d’esprit, je me mis à parcourir l’église, sans savoir où me diriger. Bientôt au bruit de la cloche succéda un silence plus effrayant encore. Une clef cria dans la serrure, du côté de la sacristie ; je volai sur la galerie, où je me cachai derrière l’orgue.

C’était le chantre qui venait marquer les versets et préparer la chaire. Par la porte, qu’il avait laissée ouverte, j’entendais les paroissiens qui s’assemblaient déjà sous les tilleuls. Quand il les eut rejoints, je me rappelai que l’orgue, à cause des réparations qu’on y