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FUMEE. 255

l'ancien état de choses ne soutenait plus rien, immo- bile et déjà tout branlant, comme nos vastes marais de mousse : il ne surnageait que la grande parole de « liberté, )) prononcée par le tzar, comme jadis l'es- prit de Dieu était porté sur les eaux. Il fallait par- dessus tout avoir de la patience, et de la patience moins passive qu'agissante, persistante, et ne recu- lant pas même devant la ruse. Cela fut doublement pénible pour I^itvinof dans la disposition d'esprit où il se trouvait. Il avait peu d'attrait pour la vie... comment en aurait-il eu pour le travail ?

Une année s'écoula, la seconde la suivit, ime troi- sième était déjà entamée. Iva grande pensée del'éman- cipation commençait à produire ses fruits, à passer dans les mœurs ; on apercevait le germe de la semence jetée, et ce germe ne pouvait plus être foulé par l'ennemi découvert ou secret. Quoique Litvinof finît par donner à demi-récolte aux paysans la plus grande partie de sa terre, ce qui était revenir à la culture primitive, il eut cependant quelques succès : il rétablit sa fabrique, créa une petite ferme avec cinq ouvriers libres, après en avoir changé une quaran- taine, éteignit ses plus grosses dettes. Ses forces lui revinrent : il recommença à ressembler à ce qu'il était auparavant. A la vérité, un profond sentiment de tristesse ne le quittait jamais ; il menait un genre de vie qui n'était pas de son âge ; il s'était en- fermé dans un cercle étroit et avait renoncé à toutes ses relations, mais il n'avait plus cette insouciance mortelle : il marchait et agissait au milieu des vi-

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