Page:Tourgueniev - Mémoires d’un seigneur russe.djvu/330

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314 — IEHOIBES

’ — Qu’est-ce que vous faites de bon à Moscou, cher Peotre Pétrovitch ? ·

— Je vis comme vous voyez. Ici il faitbon vivre ; le peuple d’ici est un excellent peuple. Ici, j’ai trouvé le calme. ·· Il fit suivre ce mot de calme d’un fort gros soupir, et éleva solennellement les yeux au ciel.

Vous occupez un emploi ?

— Non, je n’ai pas encore d’emploi ; je compte sous peu en prendre un. Mais, au fait, qu’est-ce que le service ? Les hommes.... voilà l’essentiel. Quels hommes ! quels hommes que ceux dont j’ai fait la connaissance ici ! ah !... » · Le garçon entra et déposa sur la table un plateau sur lequel étaient une bouteille de vin de Champagne et deux verres. Tenez, voici déjà un brave homme.... N’est-il pas vrai, l’assia, que tu es un brave homme ? A ta santé, l’assia !-Le garçon s’arréta, inclina la tête, sourit et sortit. Oui, ici nous avons de braves gens, poursuivit Peotre Pétrovitch avec exaltation, des gens pleins de sentiment, pleins d’âme.... Voulez-vous que je vous fasse faire ici trente connaissances ? ce sont de si bons enfants.... Ils seront tous, tous enchantés.... je vous en réponds.... Je leur dirai.... Hélas ! Babrof est mort ; voilà un malheur qu’il soit mort ! - De quel Babrof parlez-vous ? t

— De Serge Babrof, de Serge lui-même., ... Ah ! c’était la un homme ! Savez-vous, monsieur, que c’est lui qui m’a reçu, moi grossier, moi ignorant, moi stepniak ? — M. Babrof vous avait obligé ?

— Comment, obligé ? il m’a recueilli chez lui.... et je l’ai t perdu.... Et Pantéleî Gornostaëf est mort aussi ; ah ! monsieur, ils sont tous morts, tous ! f

— Vous avez passé toute cette année à Moscou ? vous n’êtes pas allé à votre terre ? · q

— A ma terre ?... On l’a vendue, materre. — Vendue ?. ’

— Vendue aux enchères.... Voila, vous avez eu tort de ne pas l’acheter.

— De quoi allez-vous donc vivre à présent ? — Ah ! je ne mourrai pas de faim, Dieu est là ! Je n’aurai q