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sés en tas au soleil. Puis, nous rassemblâmes toutes les glaces qui se trouvaient dans la maison et les disposâmes de façon que la lumière solaire réfléchie par elles tombât sur les marmites et les casseroles.
Une heure ne s’était pas écoulée que nous pouvions déjà manger des mets bien cuits, bien dorés.
Mais oui ! Avez-vous lu Mouchot ? Eh bien, sa popote solaire perfectionnée ne valait pas grand chose en comparaison ! Hâblerie, vantardise ? Comme vous voudrez. Vous pouvez expliquer ces paroles présomptueuses par notre appétit dévorant, qui nous aurait fait manger avec délices les choses les plus répugnantes.
Mais il y avait un inconvénient : il fallait faire vite. J’avoue que nous nous sommes étouffés et étranglés plus d’une fois. On le comprendra aisément, si je dis que la soupe bouillait et se refroidissait non seulement dans nos assiettes, mais même dans nos gosiers, nos œsophages et nos estomacs. Si vous traîniez un peu, votre soupe se transformait en glace.
Je m’étonnais de voir nos estomacs intacts. La pression de la vapeur les dilatait fameusement.
De toute façon, nous n’avions pas faim et nous étions assez tranquilles. Nous ne comprenions pas comment nous vivions sans air, comment nous-mêmes, nôtre maison, notre cour, notre jardin et nos réserves de vivres et de boissons dans les caves et les greniers s’étaient trouvés transférés de la Terre sur la Lune. Nous avions même quelque doute. Nous pensions : ne serait-ce pas un songe, un rêve, une diablerie ? Et pourtant, nous nous faisions à notre situation et la considérions avec un sentiment mêlé de curiosité et d’indifférence : l’inexplicable ne nous étonnait pas, l’idée que nous pouvions mourir de faim seuls et malheureux ne nous venait même pas à l’esprit.
C’est le dénouement de notre aventure qui vous apprendra d’où venait cet incroyable optimisme.
Si l’on faisait un petit tour après le repas ? [...]
J’emmène mon compagnon.
Nous voilà dans notre vaste cour entourée d’une clôture et de dépendances. [...]
Dans la cour, le sol est ordinaire, terrestre, mou. Et cette pierre, que fait-elle donc ici ? On pourrait s’y cogner. Allons, jetons-la par-dessus la clôture. Hardi ! Que sa grosseur ne nous effraie pas ! Et voilà la pierre, qui pèse environ une tonne. Soulevée d’un commun effort elle est passée par-dessus la clôture. Nous l’entendons tomber avec un bruit sourd sur le sol pierreux de la Lune. Le bruit nous parvient non par air, mais par la voie souterraine : le choc ébranle le sol, puis notre corps et les os du conduit auditif. C’est ainsi que nous entendions le plus souvent les chocs produits par nous.
― N’est-ce pas ainsi que nous entendons l’un l’autre ?
― C’est peu probable ! Le son ne résonnerait pas comme dans l’air.
La légèreté des mouvements fait naître une forte envie de grimper, de sauter.
Ah, la douce époque de l’enfance ! Je me revois escalader des toits, grimper sur des arbres comme les chats... C’était agréable !
Et les sauts à qui mieux mieux par-dessus une corde ou des fossés ! Et la course pour un prix ! Je m’y adonnais avec passion.
Et si l’on faisait comme au bon vieux temps ? Je n’avais pas beaucoup de force, surtout dans les bras. Je sautais et je courais assez bien, mais il m’était difficile de grimper à une corde ou à une perche.
Je rêvais d’avoir une grande force physique pour rendre la pareille à mes ennemis et récompenser mes amis. Un enfant est comme un sauvage. Maintenant, ces rêves de muscles vigoureux me semblaient ridicules. Mais mes désirs nourris avec tant d’ardeur se réalisaient ici : grâce à la pesanteur lunaire, infime, mes forces avaient en quelque sorte sextuplé.
De plus, je n’avais pas à surmonter maintenant le poids de mon propre corps, ce qui augmentait davantage l’effet