Page:Verhaeren - Poèmes légendaires de Flandre et de Brabant, 1916.djvu/31

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C’est le silence ;

Bruges contient son âme et tait sa violence.
Le roi
Comprend et se défend contre l’effroi.
En souriant, il dit : « Ma foi, le beau cortège !
Manteaux d’argent, hennins de neige,
Et puis, là-bas, le vieux clocher béant
Auprès duquel, au long des étroites ruelles,
Porches, pignons, auvents,
Ont l’air d’un tas d’écuelles

Autour d’un broc géant. »


Et puis, il songe : « Il faut user de force souple ;

Partout les intérêts, ainsi que des chevaux
Rouges et violents, dans le printemps, s’accouplent,
Pour aussitôt ruer et se mordre à nouveau.
Chaque pouvoir n’est qu’un parti qui fait la guerre.

Moi seul, ferai de l’ordre avec ce désarroi. »


Et regardant chacun, avec crainte, se taire,

Devant les magistrats hautains, rogues et froids,
Il suppute quelle aide il en pourrait attendre

Dans sa lutte de roi contre les gens de Flandre.