Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/60

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personne ne peut l’estimer, et la nuit, on n’y a pas besoin de lumière, car chacun y voit assez à la faveur de l’éclat que jettent ces pierres précieuses. » Le voyageur ajoute que la ville est fort peuplée, que les marchands y accourent de tous côtés, et que sous ce rapport elle ne peut être comparée qu’à Bagdad. Ses habitants sont habillés de vêtements de soie, couverts de broderies et agrémentés de franges d’or ; à les voir ainsi, montés sur leurs chevaux, on dirait que ce sont autant d’enfants de rois ; mais ils n’ont ni cœur ni courage pour faire la guerre ; et ils entretiennent des mercenaires de toutes nations qui se battent pour eux. Un regret de Benjamain de Tudele, c’est que les juifs manquent à la ville et qu’on les a transportés au delà de la tour de Galata, près de l’entrée du port. Là, on en compte à peu près deux mille cinq cents de deux sectes, les rabbinites et les caraïtes, et, parmi eux, beaucoup d’ouvriers en soie et de riches marchands, tous très-haïs des Grecs qui les traitent durement. Seulement aucun de ces juifs opulents n’a le droit de monter à cheval, sauf un seul, l’Égyptien Salomon, qui est le médecin du roi. Quant aux monuments de Constantinople, Benjamin cite le temple de Sainte-Sophie, qui possède autant d’autels qu’il y a de jours dans l’année, et des colonnes, des chandeliers d’or et d’argent en si grand nombre qu’on ne peut les compter ; puis, l’hippodrome, devenu aujourd’hui le marché aux chevaux, dans lequel, pour le plaisir du peuple, on fait battre ensemble « des lions, des ours, des tigres, des oies sauvages, comme aussi des oiseaux. »