Page:Verne - Le Tour du monde en quatre-vingts jours.djvu/35

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Il inscrivit donc, ce jour-là, mercredi 9 octobre, son arrivée à Suez, qui, concordant avec l’arrivée réglementaire, ne le constituait ni en gain ni en perte.

Puis il se fit servir à déjeuner dans sa cabine. Quant à voir la ville, il n’y pensait même pas, étant de cette race d’Anglais qui font visiter par leur domestique les pays qu’ils traversent.

VIII

dans lequel passepartout parle un peu plus peut-être qu’il ne conviendrait.

Fix avait en peu d’instants rejoint sur le quai Passepartout, qui flânait et regardait, ne se croyant pas, lui, obligé à ne point voir.

« Eh bien, mon ami, lui dit Fix en l’abordant, votre passe-port est-il visé ?

— Ah ! c’est vous, monsieur, répondit le Français. Bien obligé. Nous sommes parfaitement en règle.

— Et vous regardez le pays ?

— Oui, mais nous allons si vite qu’il me semble que je voyage en rêve. Et comme cela, nous sommes à Suez ?

— À Suez.

— En Égypte ?

— En Égypte, parfaitement.

— Et en Afrique ?

— En Afrique.

— En Afrique ! répéta Passepartout. Je ne peux y croire. Figurez-vous, monsieur, que je m’imaginais ne pas aller plus loin que Paris, et cette fameuse capitale, je l’ai revue tout juste de sept heures vingt du matin à huit heures quarante, entre la gare du Nord et la gare de Lyon, à travers les vitres d’un fiacre et par une pluie battante ! Je le regrette ! J’aurais aimé à revoir le Père-Lachaise et le Cirque des Champs-Élysées !

— Vous êtes donc bien pressé ? demanda l’inspecteur de police.

— Moi, non, mais c’est mon maître. À propos, il faut que j’achète des chaussettes et des chemises ! Nous sommes partis sans malles, avec un sac de nuit seulement.