Page:Verne - Les Tribulations d’un Chinois en Chine.djvu/122

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Quelques-uns des volontaires les suivirent. Ce fut comme une grappe de clowns à l’exercice du tremplin.

Mais tant de zèle devait être inutile. Kin-Fo, Fry-Craig et les autres, alléchés par la prime, eurent beau fouiller le Péï-ho, Wang ne put être retrouvé. Entraîné par le courant, sans doute, l’infortuné philosophe était allé en dérive.

Wang n’avait-il voulu, en se précipitant dans le fleuve, qu’échapper aux poursuites, ou, pour quelque mystérieuse raison, s’était-il résolu à mettre fin à ses jours ? Nul n’aurait pu le dire.

Deux heures après, Kin-Fo, Craig et Fry, désappointés, mais bien séchés, bien réconfortés, Soun, réveillé au plus fort de son sommeil et pestant comme on peut le croire, avaient pris la route de Péking.




CHAPITRE XIV

où le lecteur pourra, sans fatigue, parcourir quatre villes en une seule.


Le Pé-Tché-Li, la plus septentrionale des dix-huit provinces de la Chine, est divisé en neuf départements. Un de ces départements à pour chef-lieu Chun-Kin-Fo, c’est-à-dire « la ville du premier ordre obéissant au ciel ». Cette ville, c’est Péking.

Que le lecteur se figure un casse-tête chinois, d’une superficie de six mille hectares, d’un périmètre de huit lieues, dont les morceaux irréguliers doivent remplir exactement un rectangle, telle est cette mystérieuse Kambalu, dont Marco Polo rapportait une si curieuse description vers la fin du treizième siècle, telle est la capitale du Céleste Empire.

En réalité, Péking comprend deux villes distinctes, séparées par un large boulevard et une muraille fortifiée : l’une, qui est un parallélogramme rectangle, la ville chinoise ; l’autre un carré presque parfait, la ville tartare ; celle-ci renferme deux autres villes : la ville jaune, Hoang-Tching, et Tsen-Kin-Tching, la ville Rouge ou ville Interdite.