Page:Verne - Les Tribulations d’un Chinois en Chine.djvu/145

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installer sa jeune femme en ce riche yamen, devenu le sien, et recommencer une nouvelle vie dans ces conditions nouvelles !…

Une heure après, un domestique entrait et lui remettait une lettre, qu’un messager venait d’apporter à l’instant.

Kin-Fo, dès qu’il eut reconnu l’écriture de l’adresse, ne put retenir un cri.

La lettre était de Wang, et voici ce qu’elle contenait :

« Ami, je ne suis pas mort, mais, quand tu recevras cette lettre, j’aurai cessé de vivre !

« Je meurs parce que je n’ai pas le courage de tenir ma promesse ; mais, sois tranquille, j’ai pourvu à tout.

« Lao-Shen, un chef des Taï-ping, mon ancien compagnon, a ta lettre ! Il aura la main et le cœur plus fermes que moi pour accomplir l’horrible mission que tu m’avais fait accepter. À lui reviendra donc le capital assuré sur ta tête, que je lui ai délégué, et qu’il touchera lorsque tu ne seras plus !…

« Adieu ! Je te précède dans la mort ! À bientôt, ami ! Adieu !

« Wang ! »




CHAPITRE XVI

dans lequel kin-fo, toujours célibataire, recommence
à courir de plus belle.



Telle était maintenant la situation faite à Kin-Fo, plus grave mille fois qu’elle ne l’avait jamais été !

Ainsi donc, Wang, malgré la parole donnée, avait senti sa volonté se paralyser, lorsqu’il s’était agi de frapper son ancien élève ! Ainsi Wang ne savait rien du changement survenu dans la fortune de Kin-Fo, puisque sa lettre ne le disait pas ! Ainsi Wang avait chargé un autre de tenir sa promesse, et quel autre ! un Taï-ping redoutable entre tous, qui, lui, n’éprouverait aucun scrupule à accomplir un simple meurtre, dont on ne pourrait même le rendre responsable ! La lettre de Kin-Fo ne lui assurait-elle pas l’impunité, et la délégation de Wang, un capital de cinquante mille dollars !