Page:Verne - Les Tribulations d’un Chinois en Chine.djvu/198

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CHAPITRE XXI

dans lequel craig et fry voient la lune se lever
avec une extrême satisfaction.

« Maintenant, au Taï-ping ! »

Tels furent les premiers mots que prononça Kin-Fo, le lendemain matin, 30 juin, après une nuit de repos, bien due aux héros de ces singulières aventures.

Ils étaient enfin sur ce théâtre des exploits de Lao-Shen. La lutte allait s’engager définitivement.

Kin-Fo en sortirait-il vainqueur ? Oui, sans doute, s’il pouvait surprendre le Taï-ping, car il paierait sa lettre du prix que Lao-Shen lui imposerait. Non, certainement, s’il se laissait surprendre, si un coup de poignard lui arrivait en pleine poitrine, avant qu’il eût été à même de traiter avec le farouche mandataire de Wang.

« Au Taï-ping ! » avaient répondu Fry-Craig, après s’être consultés du regard.

L’arrivée de Kin-Fo, de Fry-Craig et de Soun, dans leur singulier costume, la façon dont les pêcheurs les avaient recueillis en mer, tout était pour exciter une certaine émotion dans le petit port de Fou-Ning. Difficile eût été d’échapper à la curiosité publique. Ils avaient donc été escortés, la veille, jusqu’à l’auberge, où, grâce à l’argent conservé dans la ceinture de Kin-Fo et dans le sac de Fry-Craig, ils s’étaient procuré des vêtements plus convenables. Si Kin-Fo et ses compagnons eussent été moins entourés en se rendant à l’auberge, ils auraient peut-être remarqué un certain Célestial, qui ne les quittait pas d’une semelle. Leur surprise se fût sans doute accrue, s’ils l’avaient vu faire le guet, pendant toute la nuit, à la porte de l’auberge. Leur méfiance, enfin, n’aurait pas manqué d’être excitée, lorsqu’ils l’auraient retrouvé le matin à la même place.

Mais ils ne virent rien, ils ne soupçonnèrent rien, ils n’eurent pas même