Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/87

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tion, avait ajouté à nos bagages une outre pleine qui, jointe à nos gourdes, nous assurait de l’eau pour huit jours.

Il était neuf heures du matin. Le recteur et sa haute mégère attendaient devant leur porte. Ils voulaient sans doute nous adresser l’adieu suprême de l’hôte au voyageur. Mais cet adieu prit la forme inattendue d’une note formidable, où l’on comptait jusqu’à l’air de la maison pastorale, air infect, j’ose le dire. Ce digne couple nous rançonnait comme un aubergiste suisse et portait à un beau prix son hospitalité surfaite.

Mon oncle paya sans marchander. Un homme qui partait pour le centre de la terre ne regardait pas à quelques rixdales.

Ce point réglé, Hans donna le signal du départ, et quelques instants après nous avions quitté Stapi.




XV


Le Sneffels est haut de cinq mille pieds. Il termine, par son double cône, une bande trachytique qui se détache du système orographique de l’île. De notre point de départ on ne pouvait voir ses deux pics se profiler sur le fond grisâtre du ciel. J’apercevais seulement une énorme calotte de neige abaissée sur le front du géant.

Nous marchions en file, précédés du chasseur ; celui-ci remontait d’étroits sentiers où deux personnes n’auraient pas pu aller de front. Toute conversation devenait donc à peu près impossible.

Au-delà de la muraille basaltique du fjörd de Stapi, se présenta d’abord un sol de tourbe herbacée et fibreuse, résidu de l’antique végétation des marécages de la presqu’île ; la masse de ce combustible encore inexploité suffirait à chauffer pendant un siècle toute la population de l’Islande ; cette vaste tourbière, mesurée du fond de certains ravins, avait souvent soixante-dix pieds de haut et présentait des couches successives de détritus carbonisés, séparées par des feuillets de tuf ponceux.

En véritable neveu du professeur Lidenbrock et malgré mes préoccupations, j’observais avec intérêt les curiosités minéralogiques étalées dans ce vaste cabinet d’histoire naturelle ; en même temps je refaisais dans mon esprit toute l’histoire géologique de l’Islande.

Cette île, si curieuse, est évidemment sortie du fond des eaux à une époque relativement moderne ; peut-être même s’élève-t-elle encore par un mouvement