Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/120

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ment qu’elle eoi plus tard. Mats il parait impossible que des raisons si simples et si légitimes ne se soient pas présentées de bonne heure à leur esprit ^^^ En tout cas, Arcésilas ne pouvait manquer d’avoir à s’expliquer sur la manière dont il convient d'agir, et voici comment il se tirait de cette difficulté.

Il avouait que la vie pratique exige un critérium , et ce critérium, il le trouvait dans le raisonnable [dSXoyov), Il formulait sa pensée à la manière stoïcienne, dans un sorite : le but suprême de la vie est le bonheur, le bonheur a pour condition la prudence (^p^vijer»), la prudence consiste à faire son devoir {xarépOcâpLOL) ^ le devoir est une action qu'on peut expliquer raisonnablement (^eilXoyov)^^K

Qu’est-ce maintenant que cet eiSXoyov dont Arcésilas fait le critérium de la conduite pratique? Tous les historiens l’ont jusqu’ici confondu avec le ViBavév de Garnéade et ont désigné l’un et l’autre indifféremment par les mots de vraisemblable et de probable. Mais HirzeU^^ dans un des meilleurs chapitres de la belle étude qu’il a consacrée au scepticisme ancien, a montré qu’il y a une différence notable entre les significations de ces deux termes.

D’abord il nous est expressément attesté ^^^ qu’Arcésilas reje- tait le probable (^tftOavAv); suivant lui, aucune représentation ne l’emporte sur une autre au point de vue de la créance qu’elle mérite ^^\ C’est assez arbitrairement que quelques historiens ont tenu le témoignage de Numénius pour non avenu. D’autre part,

(’) On voit, par un passage de Plutarque (Adv. ColoU, 96), que, suivant les académiciens, l’instinct (àpiiii) peut se porter de lui-même à l’action et n’a pas besoin de l’assentiment {avyxarédeatf) donné à la sensation. D^autre part, nous atfODS (Plut., St. rtp,f XLVH, la) que Chrysippe soutenait le contraire. C’est peut-être contre la théorie d* Arcésilas qu’est dirigée l’objection de Chrysippe.

W Sext.,ill.,Vïl, i58.

) Op. cit., i5o. A l'appui de cette thèse, on pourrait signaler les critiques que Carnéade, d’après Plutarque (jE>i coiii. nôîiL, XXVII, i5), a dirigées contre la théorie stoïcienne de la tô}Ayt9los ixXoyH. (Voir d-desaoua, p. 167.)

^*) Numen., ap. Euseb., Prœp. êvong,, XIV, vi, 5 : kvoipùvm xoi œMp xè

<’) Sext., P., I, aSa : OÔxt xarà %thTtv 4 m^liap arpoxp/vci ti ittpow èrifov.