Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/206

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différences entre Philon et Carnéade ? Il a pu être un adversaire moins tranchant^’^ un interlocuteur plus conciliant; il était sur le fond d’accord avec ses prédécesseurs immédiats.

Il faut donc écarter la thèse de Hermann. Philon n’a pas été on dogmatiste platonicien. Il a pourtant professé une sorte de dogmatisme : Sextus le déclare formellement, Numénius l’assure, et Gicéron, on va le voir, ne le nie pas. Il a cru à l’existence de la vérité, mais la vérité n’est connue ni par les sens, ni par la raison. Comment donc l’est-elle? Et que répondait Philon à cette question ?

Il ne répondait rien , et cela par la raison fort simple que , selon lui , la vérité n’est jamais connue avec certitude. Elle existe, elle est peut-être connue, mais nous ne sommes jamais sûrs de la posséder. Il manque toujours le signe infaillible auquel nous la reconnaîtrions ^^l En elles-mêmes (^Vei), les choses peuvent être connues; elles sont, en ce sens, compréhensibles ^’^ ; mais, en fait, nous ne pouvons distinguer le vrai du faux. Autre chose ^^) est la nature du vrai, autre chose la connaisêance. La connaissance, toujours possible , n’est jamais certaine ^^).

Une pareille thèse peut nous paraître singulière; nous sommes habitués à prendre les mois de vérité et de certitude pour synonymes, et nous ne concevons guère que l’une puisse exister sans l’autre. Voici, croyons-nous, comment Philon a été amené à soutenir ce paradoxe.

Après avoir fidèlement suivi la doctrine de Carnéade et de Clitomaque, Philon fut un jour profondément troublé par une

<*^ Cic, Ac, H, IV, is.

•î Cic, Ac. II, MI ri, io4.

<*) Sext.,P.,l,a35.

»*> Cic.,i4c., Il, \Tiii, 58.

^’) Cicéron dit à plusieure reprises (II, xi, 33 ; xtxv, ni) que ia définition stoï- cienne de la représentation compréhensive peut être acceptée, pourvu qu*on n’^ajoute pas : quomodo imprimi tum pos$êt a f alto; c’est la pensée de Philon, tout à fait pareille à celle que Sextus (M., Vil, ^oa) attribue à Carnéade. €f. Euseb.. /V«p. êvang., XIV, vu, i5 : ^ta^opàv ê* eipou d^Aov irai âxaTeiÀffir7ov , xoi tnivra (ùv ehai dKatdXmicla, oC ttdrta iè éSifXa, Cicéron d’ailleurs, dans Lmeu&us, expose celte théorie comme étant celle do Carnéade.