Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/69

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sage, celui du moins qui est arrivé, chose difficile, à dépouiller l’homme, ne se laisse pas émouvoir. C’est une doctrine analogue à celle d’Aristote et des stoïciens. Au contraire nous voyons[1] que Timon et Ænésidème se contentent de l’ataraxie ; et bientôt une distinction s’introduit. Dans les maux qui dépendent de l’opinion[2] ([texte grec]), il faut être imperturbable ; dans ceux qu’on ne peut éviter ([texte grec]), il faut par un effort de volonté, et par le doute, diminuer la souffrance, sans qu’on puisse réussir à la faire disparaître ([texte grec]).

Pratiquement, le sage doit vivre comme tout le monde, se conformant aux lois, aux coutumes, à la religion de son pays[3]. S’en tenir au sens commun, et faire comme les autres, voilà la règle qu’après Pyrrhon tous les sceptiques ont adoptée. C’est par une étrange ironie de la destinée que leur doctrine a été si souvent combattue et raillée au nom du sens commun ; une de leurs principales préoccupations était au contraire de ne pas heurter le sens commun. « Nous ne sortons pas de la coutume, » disait déjà Timon[4]. Peut-être n’avaient-ils pas tout à fait tort ; le sens commun fait-il autre chose que de s’en tenir aux apparences ?

Tel fut l’enseignement de Pyrrhon d’après la tradition sceptique, Il faut maintenant nous tourner d’un autre côté.

III. Si nous ne connaissions Pyrrhon que par les passages assez nombreux où Cicéron parle de lui, nous ne soupçonnerions jamais qu’il ait été un sceptique. Pas une fois Cicéron ne fait allusion au doute pyrrhonien. Bien plus, c’est expressément à Arcésilas[5] qu’il attribue la doctrine d’après laquelle le sage ne

  1. Diog., 107.
  2. Sext, P., I, 3o ; III, 235. Le rapprochement de ces deux textes, où les mots [texte grec] sont substitués l’un à l’autre en deux phrases identiques, montre qu’il n’y a pas entre l’apathie et l’ataraxie autant de différence que le croit Hirzel (l. c.)
  3. Diog., 108.
  4. Ibid., 105.
  5. Ae. II, xxiv, 77 : " Nemo superiorum non modo expresseral, sed me dixeret quidem posæ hominem nihil opinari ; nec sotum posse, sed ila neoease esse sapimiti" » Cf. xviii, 59 et Ac., I, xii, 45 : « Gum in eadem re paria contrarii in partibos momenta rationum invenirenlur, facilius ab utraque parle assensio retiaereUir. » — Cf. Euseb., loc. cit., XIV, iv, 15.